YIP/JUMP FILMS

Les films les plus marquants de 2017

J’ai hésité à faire cette liste, déjà parce que c’est un peu chiant à faire et parce que vous n’en avez peut-être rien à branler. Du coup, je me suis dit que j’en avais rien à branler que vous n’en ayez rien à branler. Que si j’en avais quelque chose à branler de l’avis des gens, je ne branlerais probablement rien, et que si je peux vous faire découvrir quelques films passés complètement inaperçu en 2017 – en raison d’une mauvaise distribution, d’un flop en salle ou parce que les distributeurs français n’en avaient rien à branler et se sont dit qu’il était plus important de distribuer une tâche de freinage de chez Marvel -, ça me ferait plaisir. Alors, voici les films qui m’ont marqué en 2017 – année de la branlette – ; cela ne signifie pas que je le considère comme des chefs d’œuvres, mais comme des films surprenants qui méritent d’être vus.

ANTIPORNO de Sono Sion

Kyoko, star de la mode, s’ennuie dans son appartement. Alors qu’elle attend Watanabe, une rédactrice en chef chargée de l’interviewer, elle commence à dominer et humilier son assistante personnelle. Mais les rôles vont peu à peu s’inverser…

Complètement inédit en France comme la plupart des films de Sono Sion, ce réalisateur japonais est définitivement l’un des cinéastes actuels les plus intéressants. Ses films sont complètement fous et il est tellement prolifique (il sort 2 à 5 films par an) que l’on se dit que son prochain film ne pourra pas être aussi fou et aussi bien, mais cet enfoiré arrive très souvent à nous la mettre à l’envers. Antiporno n’est peut-être pas son meilleur film (je préfère Tag et Love Exposure, par exemple), mais il propose une narration surprenante, une durée supportable (moins d’1h20) et parvient très bien à mélanger humour potache et propos féministe, érotisme et hystérie. Et c’est ça qui est beau et jouissif chez Sono Sion : ses films sont décomplexés, funs, trash et très intelligents dans leur structure narrative et leur mise en scène. Sono Sion est un véritable cinéaste punk ; probablement l’un des rares qui pourrait s’en vanter.


BILLY LYNN’S LONG HALFTIME WALK d’Ang Lee

(Un jour dans la vie de Billy Lynn en France)

En 2005, Billy Lynn, un jeune Texan de 19 ans, fait partie d’un régiment d’infanterie en Irak victime d’une violente attaque. Ayant survécu à l’altercation, il est érigé en héros, ainsi que plusieurs de ses camarades. Et c’est avec ce statut qu’ils sont rapatriés aux Etats-Unis par l’administration Bush, qui désire les voir parader au pays… avant de retourner au front.

Beaucoup de choses ont déjà été dites sur ce film, donc je dirai juste que c’est la grande classe et que la bande annonce vend très mal le film. Au-delà de sa prouesse technique (entièrement tourné en 120 images par seconde et en 3D), la direction d’acteurs est excellente et – comme l’avait souligné Le Fossoyeur de Films – le travail sur les regards est très fort.


CATFIGHT d’Onur Tukel

Deux anciennes camarades de classe qui ne se sont pas vues depuis leurs études se retrouvent à l’occasion d’un anniversaire : Ashley Miller, artiste indépendante qui peine à percer et Veronica Salt, une riche femme au foyer.

Ce que le synopsis oublie de préciser c’est qu’elles vont se foutre sur la gueule avec une telle rage que l’une des deux va tomber dans le coma et se réveiller deux ans plus tard… Ce n’est pas un spoil, c’est le début du film. On m’avait déjà conseillé de voir Applesauce – le précédent film d’Onur Tukel -, mais l’occasion ne s’est pas encore présentée. Catfight n’est pas sans défauts, mais il est prenant, drôle et il se moque un peu de ce cinéma indépendant new-yorkais rempli de hipsters complaisants et lassants. De plus, Anne Heche est vraiment excellente.


COLUMBUS de Kogonada

Alors que son père est dans le coma, Jin se retrouve coincé dans une curieuse ville du Midwest renommée pour ses immeubles disparates et modernes. Bien qu’il ne s’intéresse pas particulièrement à l’architecture, Jin se prend d’amitié pour Casey, une jeune femme pleine de vie travaillant à la bibliothèque municipale et férue d’architecture, qui lui montre les merveilles de la ville. Avec une intimité curieuse, Jin et Casey explorent tour à tour la ville et leurs émotions conflictuelles : l’étrange relation qui lie Jin à son père et la réticence qu’éprouve Casey à quitter sa mère.

Une photographie magnifique, des cadrages d’une grande classe, la bande originale d’Hammock est extrêmement belle et planante et le duo Haley Lu Richardson / John Cho fonctionne à merveille. Ce dernier m’a d’ailleurs énormément surpris étant donné que j’étais plus habitué à le voir dans Harold & Kumar et les American Pie… Sans conteste un des plus beaux films de 2017 qui, j’espère, parviendra un jour à franchir les frontières françaises.


CREEP 2 de Patrick Brice

Une vidéaste pense avoir trouvé le sujet de ses rêves en la personne d’un homme prétendant être un serial-killer. Elle part le rejoindre chez lui, dans une maison perdue au fond de la forêt.

Le premièr Creep (2014) était pour moi une bonne surprise, un found footage sympathique qui avait le mérite d’avoir quelques bons moments de flippe et un humour noir plutôt jouissif. Creep 2 surpasse le premier, à mon sens – je sais que les avis sont très partagés à ce sujet – ; j’ai l’impression que le premier Creep a été réalisé uniquement dans le but d’en arriver à ce deuxième opus scénaristiquement plus malin et plus surprenant. Il s’agit plus d’une comédie romantique tordue entre un serial-killer et une vidéaste que d’un vrai film d’horreur, ce qui ne m’étonne pas de la part de Mark Duplass (acteur principal et scénariste du film – un des véritables génies du cinéma indépendant américain de ces dernières années) qui a toujours été accro aux histoires d’amour. Ce qui déplaira sûrement les spectateurs qui s’attendent à voir un pur film d’horreur. Creep 2 m’a fait penser au sympathique Baghead de Jay & Mark Duplass qui mariait déjà film sentimental et film d’horreur avec plus ou moins d’aisance. A découvrir si vous voulez voir un serial-killer tomber amoureux.


DETROIT de Kathryn Bigelow

Été 1967. Les États-Unis connaissent une vague d’émeutes sans précédent. La guerre du Vietnam, vécue comme une intervention néocoloniale, et la ségrégation raciale nourrissent la contestation. À Detroit, alors que le climat est insurrectionnel depuis deux jours, des coups de feu sont entendus en pleine nuit à proximité d’une base de la Garde nationale. Les forces de l’ordre encerclent l’Algiers Motel d’où semblent provenir les détonations. Bafouant toute procédure, les policiers soumettent une poignée de clients de l’hôtel à un interrogatoire sadique pour extorquer leurs aveux. Le bilan sera très lourd : trois hommes, non armés, seront abattus à bout portant, et plusieurs autres blessés…

Detroit est plus flippant que le 3/4 des films d’horreur que j’ai pu voir ces dernières années. La longue séquence du motel est une véritable leçon de cinéma en terme de mise en scène et de montage. La montée en puissance de la tension est d’une maîtrise admirable. Cela dit, le propos du film manque de nuance ; c’est un film noyé dans la colère, il n’y a pas de place pour la réflexion. Mais il est tout de même rassurant de constater qu’il y a encore des réalisateurs qui ont la rage et que la réalisatrice de Strange Days et The Hurt Locker soit toujours aussi surprenante.


A GHOST STORY de David Lowery

Apparaissant sous un drap blanc, le fantôme d’un homme rend visite à sa femme en deuil dans la maison de banlieue qu’ils partageaient encore récemment, pour y découvrir que dans ce nouvel état spectral, le temps n’a plus d’emprise sur lui. Condamné à ne plus être que simple spectateur de la vie qui fut la sienne, avec la femme qu’il aime, et qui toutes deux lui échappent inéluctablement, le fantôme se laisse entraîner dans un voyage à travers le temps et la mémoire, en proie aux ineffables questionnements de l’existence et à son incommensurabilité.

Beaucoup de choses ont déjà été dites aussi sur ce film : que c’est un chef d’oeuvre ou que c’est un film chiant. Je ne pense ni l’un et encore moins l’autre ; j’ai été ému par cet espèce de Casper en live-action et je me suis surpris à sourire à la fin du film, alors que je croyais déprimer en entrant dans la salle. D’ailleurs, c’était l’une des rares fois où j’ai pu voir une salle UGC remplie rester assise, et silencieuse (ils n’étaient pas endormis, j’ai vérifié), jusqu’à la dernière seconde du générique de fin. C’était tellement surprenant qu’une employée nous a regardé comme des aliens et nous a demandé s’il y a avait quelque chose après le générique. Oui, ça s’appelle le pouvoir du cinéma, meuf !


KÖTÜ KEDI SERAFETTIN de Mehmet Kurtulus & Ayse Unal

(Bad Cat en France)

Shero, un chat peu fréquentable, serait prêt à tout pour de jolies filles, de la nourriture et de l’argent. Ami avec un pigeon et une souris, joueur et bagarreur, il se comporte en roi du quartier et ne voit pas venir ce qui lui pend au nez : se faire éjecter de chez son maître. Mais comme un malheur n’arrive jamais seul, il tombe amoureux et découvre qu’il a un fils caché, qui est bien décidé à faire sa connaissance…

Sorti directement en dvd chez nous, Bad Cat n’est évidemment pas un film d’animation pour enfants, mais un bordel hystérique et immoral dans la lignée de Fritz le chat et Sausage Party, loin d’être sans défauts (et je fait aucunement allusion à l’animation qui est plus que correcte), mais tellement con qu’il en devient bon.


MONSIEUR ET MADAME ADELMAN de Nicolas Bedos

Comment Sarah et Victor ont-ils fait pour se supporter pendant plus de 45 ans ? Qui était vraiment cette femme énigmatique vivant dans l’ombre de son mari ? Amour et ambition, trahisons et secrets nourrissent cette odyssée d’un couple hors du commun, traversant avec nous petite et grande histoire du dernier siècle.

Je n’arrive toujours pas à croire que j’ai aimé un film réalisé par un bobo et qui se passe dans un milieu de bobos. Soit je deviens con, soit ce film est vraiment bien écrit, interprété, drôle et émouvant.


PIELES d’Eduardo Casanova

Un drame social à l’humour noir où des personnages défigurés doivent trouver le moyen de vivre dans une société qui fuit leurs différences.

Etant fan du court-métrage Eat my Shit qui a permis à Pieles de se réaliser, j’en attendais beaucoup. Et il faut l’admettre : c’est un beau film. J’avais peur qu’il veuille juste choquer son public, mais je n’ai pas ressenti cela. C’est un film sensible avec des raccords de couleurs surprenants dans chaque séquence, une belle photographie et des personnages vraiment intéressants. Seule frustration : chaque personnage mériterait son propre film.


PROBLEMOS d’Eric Judor

Jeanne et Victor sont deux jeunes Parisiens de retour de vacances. En chemin, ils font une halte pour saluer leur ami Jean-Paul, sur la prairie où sa communauté a élu résidence. Le groupe lutte contre la construction d’un parc aquatique sur la dernière zone humide de la région, et plus généralement contre la société moderne, la grande Babylone. Séduits par une communauté qui prône le « vivre autrement », où l’individualisme, la technologie et les distinctions de genre sont abolis, Jeanne et Victor acceptent l’invitation qui leur est faite de rester quelques jours. Lorsqu’un beau matin la barrière de CRS qui leur fait face a disparu…la Communauté pense l’avoir emporté sur le monde moderne. Mais le plaisir est de courte durée…à l’exception de leur campement, la population terrestre a été décimée par une terrible pandémie. Ce qui fait du groupe les derniers survivants du monde. Va-t-il falloir se trouver de nouveaux ennemis pour survivre ?

Un gros flop en salle et je crois sincèrement qu’il s’agit de mon film préféré de 2017. Extrêmement drôle, con et malin à la fois, je crois que je pourrais revoir ce film des dizaines de fois sans m’en lasser. Non, ce n’est pas de l’ironie. Depuis la série Platane, Eric Judor se dévoile comme un auteur vraiment intéressant avec un humour qui, dans le fond, n’est pas aussi débile qu’on voudrait le croire. Problemos est une grosse satire avec des personnages tous aussi cons les uns que les autres (que ce soient les hippies, les anti-hippies, les féministes, la jeunesse 2.0, les punks à chien, les clodos, les bio-junkies) qui, pour la plupart, ont beau avoir un discours révolutionnaire bien préparé dans leur poche, ne savent juste pas comment s’y prendre lorsqu’ils ont la possibilité de véritablement changer le cours de l’humanité. J’étais assis à côté de Blanche Gardin (actrice et co-scénariste du film) au Fifigrot en septembre dernier, mais j’ignorais complètement qui elle était. Si j’avais su, je lui aurais fait la bise et lui aurais dit merci.


Je ne vais pas parler des films que j’ai détesté en 2017, je préfère les oublier. Mais je dois quand même l’exprimer : Trainspotting 2 est une sacrée merde.

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