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Entretien pour L’Ouvreur, mars 2013

Entretien pour L’Ouvreur, mars 2013.

Vidéaste aspirant mais prolifique, Rock Brenner a réalisé plusieurs clips et courts-métrages dont notamment Lettres de suicide qui a été sélectionné dans le festival Court Mais Trash. Venez découvrir son univers dans une interview haute en couleurs !

Salut Rock ! Qui es-tu, que fais-tu ?

Je suis un gugusse de 23 ans qui a décidé d’arrêter ses études en Arts du spectacle pour faire le larbin dans des boulots alimentaires en attendant de repartir à zéro autre part. Peut-être Bruxelles. Sinon, dans la vraie vie, je réalise des courts-métrages amateurs depuis environ deux ans (Lettres de suicide, Coda, Le Dernier orgasme, Le Dernier joint). J’ai aussi fait près d’une dizaine de clips musicaux (toujours en tant qu’amateur) pour des artistes (très) indépendants comme Shepard Electrosoft in Public Garden (France), Betelmire (USA), The Widest Smiling Faces (USA),Pasadena Projekt (Allemagne)…

Le cinéma, pourquoi ? Est-ce que tu as eu un déclic ou est-ce que tu as toujours voulu faire ça ?

J’ai toujours apprécié le cinéma, comme n’importe quel gosse du 20ème siècle. Mais au départ, je voulais devenir écrivain. De 12 à 18 ans, j’écrivais presque tout le temps, je lisais pas mal et je séchais énormément les cours pour me promener un peu n’importe où à Strasbourg et aux alentours. Je séchais les cours d’une part parce que j’étais la tête de turc de la classe pendant un bon bout de temps et d’autre part parce que je m’emmerdais en cours. Je passais alors mes journées à vagabonder dans les rues – un vrai cauchemar pour mes parents car ils ne savaient jamais où j’étais – et comme je n’avais personne à qui parler vraiment, l’écriture était un moyen d’expression assez efficace. J’étais un gosse relativement déprimant, compliqué et pas très sociable ; je pense que le clip que j’ai fait pour The Widest Smiling Faces, Strange Animals, représente le mieux mon adolescence : vagabonde et paumée. A l’âge de 17 ans, j’avais commencé à faire un peu de théâtre, ce qui m’avait permis d’affronter ma timidité et de communiquer un peu plus avec les gens. J’ai donc peu à peu laissé tomber mes écritures personnelles et vers 18 ans j’ai commencé à écrire pour Cut la revue (pour lequel je rédigeais et rédige toujours des critiques de films). Et donc, je voulais devenir journaliste cinéma. Seulement, vers 20 ans, j’ai découvert la photo. J’ai commencé à prendre des photos sur le vif dans la rue et l’idée de pouvoir m’exprimer avec des images plutôt qu’avec des mots me plaisait énormément. Mais ce n’était pas suffisant. Je voulais un peu plus de mouvements, de la musique, des mots, des gens… Donc, pour moi le cinéma semble plus efficace que tout le reste.

Où as-tu appris les bases ?

En faisant, mais j’ai encore énormément de choses à apprendre.

Quel a été ta première claque au cinéma ? Quel film ou réalisateur t’a donné envie de faire du cinéma ? Pourquoi ?

Ce n’était pas au cinéma, c’était en divx (le film n’existe toujours pas en dvd en France, j’ai donc une excuse)… Lorsque j’ai découvert le film Gummo d’Harmony Korine vers l’âge de 15 ans. En regardant Gummo, je pensé « C’est un film, ça ? On peut faire des films comme ça ?! Putain de merde !!! ». J’ai pris une claque dans la gueule, j’ai été et je suis toujours sidéré par la liberté narrative et esthétique du film ; il montre ce qu’on ne veut pas nous montrer et dit ce qu’on ne veut pas entendre avec une sensibilité rare. Grâce aux films de Korine, j’ai pu découvrir le cinéma de Werner Herzog qui est sans aucun doute mon cinéaste favori ; j’admire son courage, la beauté, la liberté et la simplicité de ses films. Ainsi que la compassion qu’il exprime au travers de chaque personne – même la moins recommandable – qui passe devant sa caméra, que ce soit dans ses fictions ou ses documentaires. C’est un cinéaste qu’on oublie peu à peu, malheureusement, j’ai l’impression, et pourtant il n’a pas perdu de son talent même après avoir réalisé plus de soixante films et continue à être surprenant… Si je devais citer un seul cinéaste qui me motive à faire des films, c’est bien lui. Même si ce que j’essaie de faire reste très différent de son travail.

Quel a été ton premier projet ? Les débuts, c’était difficile ?

Mon premier projet était une co-réalisation avec David Erhard, début 2011, pour un court-métrage qu’on avait appelé Il y a quelqu’un chez moi. Un drame fantastique inspiré d’un fait divers qui s’est déroulé en Corse il y a trois ou quatre ans : un adolescent de 16 ans a dit avoir vu des ombres entrer chez lui en pleine nuit et l’auraient encouragé à tuer ses parents et ses deux petits frères pendant leur sommeil avec un fusil de chasse. Un fait divers assez proche d’Amityville… Et notre film devait suivre l’adolescent quelques heures avant le drame. Seulement, le résultat s’est avéré très moyen… Nous n’avions pas choisi le bon rythme pour raconter cette histoire et techniquement parlant, c’était plutôt laborieux. Donc, nous ne l’avons montré à presque personne. Je crois que même une bonne partie de l’équipe n’a toujours pas vu le film… Mais c’était une expérience très intéressante tout de même, maintenant je sais à peu près ce que je ne dois plus faire… Quelques mois plus tard, j’ai décidé de réaliser mon premier court-métrage, Lettres de suicide, en me basant sur de fausses lettres écrites par Harmony Korine dans son livre Craques, coupes et meutes raciales. Il s’agit d’un film réalisé uniquement à partir de photos de cadavres maquillés par Adèle Masson, des musiques d’Ernest Ping,Blair Harris et Betelmire et les voix de Sébastien Rovere, Sylvain Urban, Caroline Faivre, Léo Moser et Vincent Affholder… Un film pas très joyeux qui était surtout pour moi un exercice et un petit hommage à Harmony Korine. Si les débuts étaient difficiles ? Oui, et c’est toujours le début.

Si tu devais décrire une première fois marquante, ce serait quoi ?

La première fois que j’ai goûté à la cigarette : j’ai eu une érection.

Aujourd’hui, où en es-tu? Quels sont tes futurs projets ?

Un de mes courts-métrages, Le Dernier orgasme, sera projeté en Suisse à la fin du mois au festival 2300 Plan 9 – Les Etranges nuits du cinéma, ainsi que dans un bar à Strasbourg d’ici début avril… Sinon, en ce moment, avec Adrien Bonneau et Lesley Khednah, nous sommes en train d’essayer de développer le scénario d’un clip musical pour Les Boycotteurs, un groupe de punk rock grolandais… Et je suis en train de réaliser un nouveau court-métrage à partir de photos (encore une fois) appeléRefugium dans lequel un type abordera en voix off ses diverses expériences sexuelles et une histoire d’amour qui l’aura marqué. Ce sera un film relativement décalé avec des photos de la vie quotidienne, des orgasmes, des déceptions, des testicules et du Mozart. J’ai aussi écris un court-métrage appeléScience-Fiction, dans lequel un père réveil son fils de 7 ans un matin pour lui montrer de quoi sera fait son avenir : les boulots merdiques, les joies et les tristesses de l’amour, le divertissement abrutissant, la nouvelle technologie, le pognon, la mort… Ce serait un film très simple, quasiment muet, qui durerait moins de dix minutes. Mais pour le faire, j’ai besoin d’argent…

Strasbourg, c’est un lieu d’expression intéressant pour toi ? Ça bouge beaucoup niveau cinéma ?

Il y a des lieux intéressants à Strasbourg… Et j’ai pu rencontrer des personnes vraiment géniales ici. Mais j’ai du mal à croire que le cinéma puisse y trouver un quelconque avenir. A Strasbourg, il y a beaucoup de gens qui veulent faire du cinéma, la plupart ont du mal à se lancer, d’autres se lancent et pensent aussitôt à se barrer. Ou d’autres se lancent et espèrent pouvoir faire changer les choses. Mais quand je vois dans quoi l’argent de nos impôts est dépensé, je reste sceptique… On ne dément pas vraiment notre réputation de campagnards ; c’est une ville calme dans laquelle on se couche tôt. La vie culturelle de Strasbourg n’est pas inintéressante, loin de là, mais il y a quelque chose qui manque, je ne saurai pas dire exactement quoi… Peut-être du courage, du risque.

Pour finir, et sans réfléchir :

-Le premier film dont tu te souviennes

Jurassic Park de Steven Spielberg, sûrement parce que c’est le premier film que j’ai vu au cinéma.

-La première actrice dont tu as été amoureux

Julie Delpy dans Before Sunrise et Before Sunset de Richard Linklater. Elle est très intelligente, donc un peu casse-couilles, mais elle est fun, super intéressante et très belle… Et si j’avais été gay, ça aurait été Ethan Hawke dans les mêmes films.

-La réplique qui t’a marqué à vie

– My girlfriend sucked 37 dicks!

– In a row?

Clerks, Kevin Smith

-Le premier film que tu es allé voir juste pour emballer

Hard Candy de David Slade… J’avais 17 ans. C’est un film qui parle d’une adolescente qui veut buter un pédophile. Je me suis dit que c’était une bonne idée… et ça a marché. Mais ce n’est pas très intéressant. Je connais un type qui voulait emballer une fille, alors il l’a invitée au ciné pour aller voirIrréversible de Gaspar Noé. Ça n’a pas marché ; il a détesté le film, elle a adoré.

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